La conurbation marseillaise, qui a profité, à l’ouest, de la faiblesse du relief pour s’étendre jusqu’à l’embouchure du Rhône, s’arrête net, à l’est, face à l’obstacle tout proche que constituent la chaîne de St-Cyr et la montagne de Marseilleveyre. Ici commence le domaine des Calanques.
Ces «fjords» provençaux ont nom Mounine, Sormiou, Morgiou, Sugiton, En-Vau, Port-Miou. Du cap Croisette au cap Canaille, ils composent un paysage comme il n’en existe nulle part ailleurs. Gorges sauvages, petites plages solitaires, eaux limpides et profondes, caps tourmentés, calcaires blancs et biscornus, pins rares accrochés à quelque anfractuosité de roche, les calanques sont le domaine de la mer, de la solitude, de la pureté. Les chemins de terre qui y mènent – lorsqu’ils arrivent jusqu’à la mer, limitent et sélectionnent les visiteurs. Les falaises qui dominent, de Devenson à Cassis, accusent encore la sauvagerie du lieu tout en leur donnant, au couchant, des reflets roses qui adoucissent les contours, les arêtes et les ombres.
Pour l’heure, les calanques restent réservées à quelques milliers de visiteurs, marcheurs hardis, plongeurs sous-marins, navigateurs en quête d’un hâvre abrité. Pourtant, les dimanches d’été voient une véritable invasion de Marseillais en quête de calme et, du côté de Cassis, l’aménagement touristique de la calanque de Port-Miou laisse imaginer que la vigueur du relief n’opposera pas toujours une barrière infranchissable à l’ingéniosité, souvent intéressée, de l’homme. Faudra-t-il, pour sauver les calanques, en faire un site classé? La question a cessé d’être utopique.