Raoul Lélias

Raoul est sans doute le personnage le plus surprenant, le plus touchant, le plus inoubliable qu’il m’ait été donné de connaître. C’est en Bretagne, « sa » Bretagne, que nous nous sommes rencontrés au millénaire dernier, dans l’invraisemblable maison que le musicien Georges van Parys avait fait bâtir face à l’Amérique. Médecin généraliste comme l’avait été son père, Raoul s’occupait de ses patients avec tendresse, attention et une pointe d’ironie.

Il en avait tant vu, tant vécu, avant de s’installer avec Martine, enlevée d’un pensionnat et épousée d’évidence, à Audierne sur le quai Anatole-France. Il avait bourlingué aux quatre coins du monde, plongé à Mururoa, escaladé le Perrito Moreno, embarqué en mer Rouge. Voilà quelques années, je rêvais de repartir avec lui entre quelques îles du Pacifique mais les années, les siennes et les miennes, nous en avaient dissuadés.

Dans son port d’attache, avec l’ami Pierre et quelques autres, nous avions organisé des soirées mémorables, mis en place une exposition facétieuse et imaginaire dans laquelle nous avions exposé au regard surpris de ses proches les œuvres éphémères et inoubliables de l’artiste en chef.

Avec lui, je m’étais attaché à compiler ses textes pour en tirer un bouquin réservé à ses seuls amis, à numériser et restaurer ses milliers de diapositives. Que de nuits nous avons passées, ensemble en Bretagne ou à distance devant nos ordinateurs respectifs, à refaire le monde, son monde !

La vie, c’est comme une dent, écrivait Boris Vian. Pour qu’on soit vraiment guéri, il faut vous l’arracher. Ce fut ce matin, un peu après le lever du jour. Pour moi et pour nous tous, ses amis, la Bretagne aura désormais un méchant arrière-goût de souvenances inachevées.

Alex Décotte, 2 juin 2026

Alcools

 

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Les frères Masson se sont levés avant le jour. Un grand bol de café noir dans la cuisine aux murs sans âge, où s’entassent, sculptures modernes, les casseroles et reliefs de repas hâtivement pris. Puis l’aîné des deux vieux garçons s’est dirigé vers l’étable –  la traite, ça n’attend pas – tandis que le puîné, tout de bleu grisaille, s’engouffrait dans la voiture qui, lui permettrait après un chemin de quelques lieues de rejoindre la « machine ».

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Monica

Monica vient de mourir. Elle restera sans doute la plus belle personne qu’il nous ait jamais été donné de connaître.

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Janvier 1990. La révolution vient de frapper à la porte du long et froid hiver roumain. A bord de nos trois camionnettes, nous formons un petit groupe de Ferneysiens qui se hâte vers une bourgade encore inconnue, Stremt. C’est le village qui nous a été désigné l’année précédente, alors que Ceausescu tenait encore le haut du pavé, par OVR (Opération Villages Roumains). Notre mission initiale : le protéger de la « systématisation » voulue par le Conducator. Quelques lettres adressées au maire de l’époque pour l’assurer de notre lointain soutien. Sans réponse parce que jamais reçues.

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La Drôme comme une braise

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Belle lurette que je n’étais plus revenu dans la Drôme. J’avais tort. Elle restait en moi comme une braise si douce et si tenace qu’il me semblait inutile de la raviver. Peut-être aurait-elle fini par s’éteindre tout à fait si le hasard ne m’avait invité à y souffler à nouveau pendant quelques jours…

 

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