
Raoul est sans doute le personnage le plus surprenant, le plus touchant, le plus inoubliable qu’il m’ait été donné de connaître. C’est en Bretagne, « sa » Bretagne, que nous nous sommes rencontrés au millénaire dernier, dans l’invraisemblable maison que le musicien Georges van Parys avait fait bâtir face à l’Amérique. Médecin généraliste comme l’avait été son père, Raoul s’occupait de ses patients avec tendresse, attention et une pointe d’ironie.
Il en avait tant vu, tant vécu, avant de s’installer avec Martine, enlevée d’un pensionnat et épousée d’évidence, à Audierne sur le quai Anatole-France. Il avait bourlingué aux quatre coins du monde, plongé à Mururoa, escaladé le Perrito Moreno, embarqué en mer Rouge. Voilà quelques années, je rêvais de repartir avec lui entre quelques îles du Pacifique mais les années, les siennes et les miennes, nous en avaient dissuadés.
Dans son port d’attache, avec l’ami Pierre et quelques autres, nous avions organisé des soirées mémorables, mis en place une exposition facétieuse et imaginaire dans laquelle nous avions exposé au regard surpris de ses proches les œuvres éphémères et inoubliables de l’artiste en chef.
Avec lui, je m’étais attaché à compiler ses textes pour en tirer un bouquin réservé à ses seuls amis, à numériser et restaurer ses milliers de diapositives. Que de nuits nous avons passées, ensemble en Bretagne ou à distance devant nos ordinateurs respectifs, à refaire le monde, son monde !
La vie, c’est comme une dent, écrivait Boris Vian. Pour qu’on soit vraiment guéri, il faut vous l’arracher. Ce fut ce matin, un peu après le lever du jour. Pour moi et pour nous tous, ses amis, la Bretagne aura désormais un méchant arrière-goût de souvenances inachevées.
Alex Décotte, 2 juin 2026


